Le cannabis en Tunisie n’échappe pas au législateur. En effet, comme dans de nombreux pays au monde, la culture, la possession et la consommation de cette plante, indépendamment de la forme, obéissent à une réglementation. Cette dernière peut sembler dure et répressive pour les uns. Mais normale pour les autres. Tout dépend du camp dans lequel l’on se situe. Allant dans ce sens, nous vous proposons de découvrir le contexte qui est celui du cannabis en Tunisie. Notamment, un fait marquant de l’actualité et ce possible assouplissement des lois sur la plante.

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30 ans de prison pour un joint !

Certains croiraient qu’il s’agit d’un film de fiction. Mais non. Nous sommes bien en Tunisie, un 20 Janvier. Au tribunal de Kef, dans le Nord-ouest du pays, trois hommes sont condamnés à 30 ans de prison pour avoir fumé un joint. En effet, les faits se seraient déroulés dans un stade, explique le porte-parole du tribunal, au journal La Presse. Lisons donc.

« L’un des prévenus, le gardien du stade en question, a caché une quantité de cannabis dans les vestiaires et les trois prévenus ont consommé ces matières stupéfiantes dans cet établissement sportif ».

Dans la même lancée, le tribunal soutient que l’affaire comporterait des circonstances aggravantes. Entre autres : le fait que ces trois hommes seraient « une bande organisée » et qu’ils ont fumé ce joint dans un « lieu public ». Ce qui, au regard de la loi 52, mériterait une sanction sévère. Ce sont d’ailleurs ces circonstances qui justifieraient cette condamnation à 30 ans de prison pour un joint.

Par ailleurs, relativement à cette condamnation, du côté du tribunal, le Droit a été dit. Mais dans la rue, certains dénoncent un « État policier ». De fait, des centaines de manifestants sont descendus dans les rues de Tunis pour contester la décision du Tribunal de Kef. En outre, sur les réseaux sociaux, des citoyens tunisiens réclament un assouplissement de cette loi sur le cannabis ou une légalisation de la plante.

La Loi 52 aurait peuplé 20% du milieu carcéral tunisien

Cette condamnation à 30 ans de prison pour avoir fumé un joint remet sur la table un sujet assez sensible : la Loi 52. En effet, elle ne date pas d’aujourd’hui. Son ajout dans l’arsenal juridique tunisien remonte à la période du régime de Ben Ali. À proprement parler, dans les années 1990.

De fait, certaines langues soutiennent que cette loi aurait été mise sur pied pour des raisons politiques. En fait, en ces temps-là, le frère du président, Habib, aurait été arrêté pour trafic de drogue international (Pays-Bas, France et Tunisie). Ainsi, le président, cherchant à prendre ses distances vis-à-vis de l’affaire, aurait fait passer cette loi 52.

Laquelle est aujourd’hui, de plus en plus décriée. Car, elle aurait fait emprisonner environ 5000 personnes. Un chiffre qui représenterait 20% de la population carcérale tunisienne. Au regard de cela, nombreux demandent sont assouplissement. En attendant cela, les trois hommes font appel. Par ailleurs, le Front de Libération du Cannabis (FLC) leur fournira une aide juridique.

«  Nous travaillons en coordination avec un groupe d’avocats, mais aussi avec des personnalités publiques pour mettre fin à ces condamnations et pour libérer la consommation du cannabis en Tunisie, en présentant les différentes approches économiques, légales et sociales », explique un membre au journal La Presse.

Le Premier ministre Hichem Mechichi aurait promis de dépoussiérer la Loi 52 sur le cannabis

La condamnation à 30 ans de prison pour avoir fumé un joint et les évènements qui ont suivi, n’auraient pas laissé le Gouvernement tunisien indifférent. En effet, le Premier ministre aurait promis une révision de ladite loi.

« Le gouvernement se penchera sur la révision et l’amendement de la Loi 52, relative à la consommation des stupéfiants », annonce Hichem.

Et son chef de cabinet, Moez Lidinallah Mokaddem, de rajouter…

« Cette loi est dépassée et nous proposerons une initiative législative dont le but est de réduire les peines privant de liberté les consommateurs de drogue ».

Par ailleurs, La Réforme, groupe centriste au Parlement, propose un amendement. À ce sujet, Hassouna Nasfi qui en est le président, explique à Mosaïque FM :

« La proposition a pour objectif d’alléger les sanctions pénales qui pourraient être infligées aux consommateurs et de durcir les sanctions pour les trafiquants et les bandes qui encouragent la consommation de stupéfiants. Sur cette base, il y aura des sanctions privatives de liberté pour les trafiquants et des sanctions alternatives pour les simples consommateurs. ».

En outre, en lieu et place d’une peine de prison chez les consommateurs, des amendes ont été proposées. D’un côté, 500 à 1000 dinars pour une première condamnation. Donc, 150 à 300 euros, environ. De l’autre, 2000 dinars, en cas de récidive. Environ 600 euros. Allant dans le même sens, Hichem Ben Ahmed, Député et ex-ministre, souligne que :

« Ensemble, sauvons ces jeunes et rappelons-nous qu’ils ne sont pas des criminels, mais des cibles et des victimes de criminels qui, eux, doivent être traduits en justice ».